Avant c’était mieux | Ready Player One (2018)

Je ne critique pas souvent les films parce qu’il en faut peu pour me déplaire mais beaucoup pour m’emballer, si bien que ma réponse globale est bien souvent « meh ». Mes notes les plus données sur SensCritique sont d’ailleurs 6 puis 7, puis 8 (parce que parfois, quand même, j’apprécie ce que je regarde), 5 et 4, les trois se suivant de quelques unités. Cela n’est que le reflet des difficultés que j’ai de juger, les films en particulier. Sur quoi dois-je me baser ? La beauté des images ? L’intelligence du scénario ? La performance du casting ? J’en fais quoi des beaux films qui m’ont fait profondément chié, des films débiles dans lesquels les acteurs sont très bons, des films qui semblent rafistolés mais dont l’histoire est sublime ? Aucune idée. Je me perds dans les notes, et, incapable de faire la part des choses, je finis toujours par me rabattre sur la même chose : ce que le film m’a fait ressentir.

Un bon film, pour moi, est un film qui m’évoque quelque chose. Il peut me fasciner, sans que je ne sache pourquoi. Il peut me faire rire, me faire peur, m’exciter ou encore me faire pleurer. Il peut me rendre heureuse ou au contraire profondément malheureuse. Un film qui ne me remue pas, qui ne réveille aucune émotion, me paraîtra toujours d’un ennui profond. Il peut être rythmé, spectaculaire, intelligent et joué à merveille ; à mes yeux, il sera un échec. Il se perdra dans la masse des « meh » et, éventuellement, je n’en retiendrai que des souvenirs insipides.

Ready Player One est un de ces films qui aura failli à piquer mon intérêt.

Et pourtant, il avait beaucoup pour me plaire.


Ready Player One est l’histoire de Wade Watts (Tye Sheridan), jeune orphelin, et de son avatar Parzival. En l’an 2045, la terre est désolée et pour y échapper, l’humanité travaille, joue, et se rencontre dans un monde immersif de réalité virtuelle, OASIS. Avant sa mort, le créateur d’OASIS y a caché un easter egg, au travers d’une série de défis dissimulés dans les méandres du programme : le premier à les compléter deviendra le propriétaire du monde virtuel. Alors que Wade et ses alliés trouvent le premier indice, ils se retrouvent alors poursuivis, online et offline, par le dirigeant d’IOI, une compagnie concurrente.

Ou, pour faire plus simple, voici la bande annonce :

Avouez que ça a l’air bien comme ça, non ? Frissons et tout ? Bah, pendant le film, j’en ai pas eu un seul.

De la pop culture à gogo, ou pourquoi ça aurait du me plaire

Je ne suis pas une grande gameuse mais mon grand frère l’était et j’ai passé des heures et des heures à le regarder jouer. J’ai lu les soluces qu’il laissé traîner dans les toilettes, je lui ai récité les codes pour qu’il les entre et je l’ai patiemment écouté me hurler dessus à chaque fois que, sotte que j’étais, je décidais de jouer une partie d’un jeu avec lui mais n’étais pas à la hauteur de ses attentes [à écrire cette phrase, je comprends d’un coup pourquoi je déteste les sports d’équipe]. J’ai beau ne pas jouer, je m’y connais quand même un peu.

L’univers de la pop culture et ne se limite cependant pas aux jeux vidéos. J’adore m’enrichir de films et séries cultes. J’ai grandi avec les vieux Godzillas (Mothra <3), mon père m’a initié aux classiques de SF, et je me souviens d’avoir passé des heures à regarder la collection de robots (et produits dérivés) de mon beau-père de l’époque. Sans me considérer comme membre de quelque fandom que ce soit, je peux cependant naviguer dans leur environnement sans me sentir dépaysée. C’est en ça que je considère que Ready Player One aurait du me plaire.

Pour d’autres affiches inspirées de films cultes (et un commentaire acerbe sur l’overload de références), voir l’article de Katie Rife sur AV Club.

Dans le film, les références à la pop culture fusent et ce, lorsqu’elles ne sont pas partie intégrante du film. La chasse à l’easter egg repose sur la compréhension du personnage de James Halliday, qui vivait sa vie virtuellement et au travers de ses œuvres de fiction préférées ; Wade, dans les traces de son héros, fait de même. Steven Spielberg nous emmène alors dans un univers truffé de références et d’apparitions, parfois fugaces, de personnages issu d’œuvres populaires des dernières décennies. Tout pour plaire à ceux qui, comme moi, se délectent des clins d’œil sans pour autant être des fan hardcores aux références obscures.

D’ailleurs, Spielberg s’éclate dans la mise en scène de l’OASIS. C’est magnifique. Les plans sont soignés et élégants. La course poursuite du début, par exemple, est hyper bien mise en scène, si bien que malgré qu’elle parvient à capturer rapidité et explosions sans jamais nous mettre la nausée. [C’est qu’il sait y faire, ce Spielberg.] Et si j’ai trouvé les avatars moches, j’ai cependant adhéré au spectacle visuel du monde virtuel.

Mais voilà, la forme n’est pas tout.

Les références ne sont pas l’oeuvre auxquelles elles renvoient. Par définition, elle ne sont qu’un souvenir, une ligne, un personnage, un squelette vide sur lequel chacun projette ce qu’elles lui évoquent. Ici, elles ont le bénéfice d’être sublimées par la réalisation de Steven Spielberg ; mais même le squelette le mieux articulé reste mort et inerte. Sans fond, toutes les références du monde ne suffiraient pas à insuffler la vie à film qui reste vide et sans âme.

Un oeuf creux, ou l’importance d’évoquer au-delà de montrer

Le problème de Ready Player One est pour moi son scénario. Je ne sais pas combien le film actuellement en salle correspond au script de Zak Penn ou au livre d’Ernest Cline. Mais j’ai envie de dire, qu’importe. L’intrigue sur laquelle repose le film, sous les apparences spectaculaires, est en fait complètement fade. Passée la course poursuite du début, je n’ai pas ressenti une once d’excitation – et je vous jure que ce n’est pas que ma mauvaise foi, j’avais vraiment envie de passer un bon moment.

J’ai tendance à (mal) citer Alfred Hitchcock à partir d’un de ses entretiens avec François Truffaut (regroupé dans le célèbe « Hitchbook« , Hitchchock/Truffaut, 1966). Il dit :

Dans la plupart des films il y a très peu de cinéma et la plupart du temps j’appelle cela :  » de la photographie de gens qui parlent ». Lorsqu’on raconte une histoire au cinéma, on ne devrait pas recourir au dialogue que lorsqu’il est impossible de faire autrement. Je m’efforce toujours de chercher d’abord la façon cinématographique de raconter une histoire par la succession de plans et des morceaux de film entre eux. Voilà ce qu’on peut déplorer : avec l’avènement du parlant, le cinéma s’est brusquement figé dans une forme théâtrale.

Je ne suis pas sûre que Hitchcock et moi nous entendrions. J’adore les dialogues lorsqu’ils sont bien écrits. J’aime quand ils sont naturels. J’aime quand ils sont poétiques. J’aime quand il y en a tellement qu’on oublie de les écouter. Entre les séries, les podcasts, les films et les interactions sociales, ma vie est une succession de dialogues et de monologues. Cependant, je trouve que la citation de Hitchcock peut être transférée à une tendance qu’on retrouve dans de nombreuses fictions, à savoir le recours à l’exposition.

L’exposition est le fait d’expliquer et/ou de décrire explicitement ce qui se passe sur l’écran. C’est à elle qu’on doit des dialogues comme « Machin, tu es mon frère/ ma femme/ mon meilleur ami, et je t’aime mais… » dans presque tous les pilotes des séries. C’est un moyen rapide de faire comprendre au spectateur ce qui se passe ou qui sont les personnages, mais j’y vois souvent un échec narratif : si tu dois dire ce qui se passe, c’est que tu as échoué à faire le ressentir autrement, que ce soit par des dialogues intelligents ou par des images évoquantes. Ça, ou c’est parce que tu penses que les spectateurs sont trop bête pour comprendre ton oeuvre.

La faiblesse du scénario s’est fait ressentir pour moi par trois éléments,que je vais ici distinguer mais qui sont bien évidemment intimement liés : une mauvaise construction de l’univers, une expérience de jeu invisible et des relations humaines forcées.

Columbia, 2045 : quoi, comment, pourquoi ?

On l’aura compris : les humains de l’an 2045 adorent les années 1980. Laissez moi cependant vous poser une question… Pourquoi ? Pourquoi ces films, ces jeux, ces musiques ? Une telle obsession, lorsque aussi répandue, se doit d’être explicable – plus d’expliquée. J’aurais aimé savoir ce qui a poussé Wade à choisie le déguisement de Buckaroo Banzaï, en particulier, et ce que lui évoque la trilogie Back to the Future. La nostalgie ne fonctionne que parce qu’elle nous rappelle quelque chose, parce qu’elle s’inscrit dans les souvenirs qu’on y associe.

Comme tout le monde, j’ai apprécié reconnaître tel personnage ou tel décor – et de nouveau, je n’ai rien contre la pléthore de clins d’oeil du film. Ce qui m’embête cependant, c’est que la pop culture est parfois utilisée comme moteur narratif, et c’est là que tout s’effondre. Elle est analysée et disséquée. On sépare la référence de ce qui la fait vivre dans l’oeuvre originale. Elle n’est plus rien. Le Géant de fer n’est qu’un robot. Le coeur du film n’est plus présent.

L’utilisation de clin d’oeil pour les clin d’oeil, et non pour l’histoire, est le symptôme d’un film à la structure faible. L’univers de Ready Player One n’est pas construit, mais alors pas du tout. Quelles sont les règles qui régissent le futur ? Comment se fait-il que les corporations aient, à priori, un pouvoir infini, et que, pourtant, la police existe (mais n’intervienne qu’au tout dernier moment) ? C’est quoi, la résistance ? Le film ne s’attarde pas une seule fois sur ses questions. Il ne prend pas le temps de poser le décor de la réalité dans lequel il évolue, et balance plutôt des grandes phrases comme « Welcome to the resistance » comme il balance les citations  : pour nous donner un sentiment de familiarité, nous faire croire qu’on a tout compris à ce qui se passe ; alors qu’en vrai, tout ça n’est que du vent. On ne connait rien de 2045. On sait juste que l’humanité a abandonné tout espoir de vivre une vie réelle. On sait qu’apparemment, la Terre est surpeuplée. On sait que les gens trop endettés dans le monde virtuel peuvent se retrouver dans les camps de travail d’IOI. Et c’est tout.

Tout ce qu’on sait, d’ailleurs, on le sait parce que Wade nous le dit, non pas parce qu’on nous le montre. [L’exception à cela sont les stacks, bidonville des temps modernes, qui contrastent cependant avec le reste de la ville qu’on voit plus tard et qui n’a pas l’air si surpeuplée que ça.] La voix du héros nous récite quelques règles du nouveau monde sans pour autant qu’on ait l’occasion d’en faire l’expérience. Ce n’est pourtant pas impossible de faire ressentir un futur, même complexe ; je pense, par exemple, à The Hunger Games, qui, malgré ses défauts, arrive dans les premiers instants du film à nous poser le décor du monde dystopique de Katniss. Pas besoin de voix off pour nous dire ce qui est important ou pas : on ressent en quelques instants la misère de l’univers, les enjeux de l’héroïne, et les motivations des méchants.

On pourrait argumenter que  la carcasse vide de l’univers est une métaphore du ressenti des humains du futur – mais je doute que ce soit le cas. Parce qu’au delà du décor, Ready Player One faillit également d’étoffer son monde virtuel et ses personnages.

« Gunting » pour les nuls (adapté pour les 9 à 99 ans)

On l’aura compris, Ready Player One tourne autour d’une quête comme celle qu’on retrouve dans un jeu vidéo. Cela n’a pas forcément à être un défaut, mais pourtant, ici, ça l’est.

Comme je vous le disais, j’ai adoré regarder mon grand frère jouer aux jeux vidéo en grandissant – et encore aujourd’hui, il m’arrive de passer des heures avec mon copain à le regarder jouer à The Witcher 3. Ils commentent, par ci par là ce qu’ils font, mais le jeu se suffit souvent à lui-même. Ce n’est pas désagréable de regarder un gameplay. Ce que je reproche au film est ainsi de ne pas assez nous faire vivre ce jeu. Tout est toujours expliqué. Seule la scène de course du début se suffit à elle-même, mais dès qu’on commence le gunting, on a l’impression d’être dans un tutoriel laborieux. C’est dommage qu’un film consacré aux jeux vidéo passe complètement à coté de l’occasion de nous offrir une véritable expérience de jeu par procuration.

Pourtant, ce n’est pas comme si le film manquait d’opportunités. On voit des dizaines de gens en train de jouer, plus ou moins équipés. On en voit quelques uns frustrés de perdre. Mais jamais on ne comprend ce qui pousse l’humanité à s’échapper dans se monde virtuel. Cela n’a pas l’air de leur apporter quelque joie que ce soit. Pas un sourire sur les visages lorsqu’ils sont dans le monde. Pas une goutte de transpiration. Rien. Le jeu est présenté comme quelque chose d’actif mais est vécu passivement. Wade est un bon exemple. Il vit sa vie uniquement dans l’OASIS – il faut dire que sa vie réelle est vraiment merdique. Mais pourquoi est-il obsédé par la chasse à l’oeuf ? Est-il motivé par l’argent, par un désir de protéger la seule bonne chose dans sa vie ? Est-ce une vaine quête destinée à remplir un quotidien autrement vide ? Quelque soit la réponse, ça fait de ce film une histoire extrêmement triste. Sauf qu’elle n’est pas triste ! Tout le monde répète tout le temps à quel point il est important de protéger l’OASIS, alors ça devient un fait ; mais sans les dialogues, c’est loin d’être une évidence.

Cela m’amène à un second problème de l’OASIS : à titre personnel, je n’ai pas réussi à ressentir les enjeux du jeu. Les explications constantes de Wade contraste par rapport au rythme try, fail, try again des jeux vidéos. Alors qu’il dit tâtonner, on assiste à quelqu’un qui semble savoir ce qu’il fait, qui ne se trompe pas – ou alors jamais juste d’un iota. On suit la quête aux clés comme on suivrait un épisode de Dora l’exploratrice. Certes, peut-être que la culture jeu à évolué de dans le futur, mais s’il s’agit d’un hommage aux années 1980, pourquoi ne pas en profiter pour en reprendre les règles ? Wade subit le jeu comme le scénario. La résolution de la première énigme est due à un hasard, et après celle-ci, tout parait bien trop facile. Il est ridicule que Wade réussisse là où tout les autres faillisse. Qu’est-ce qu’il fait de lui, en particulier, un être humain spécial ?

La réponse du film repose sur un solution universellement reconnue comme la meilleure : si Wade est exceptionnel, c’est grâce aux gens qui l’entourent. Et pourtant, de nouveau, il ne s’agit d’une facilité scénaristique qui reflète en fait une vacuité émotionnelle.

« Je t’aime, si si, c’est vrai, je t’assure ; c’est vrai puisque je le dis »

Je commençais cette critique en instant sur l’importance, pour moi, de ressentir les films. C’est particulièrement vrai en ce qui concerne les relations entre les personnages. Une critique que je fais souvent aux fictions – aux films, aux séries, et même aux livres – est de me dire que deux personnages s’aiment plutôt que de le montrer. Bien que Ready Player One soit centré autour d’un groupe d’amis, je n’ai pas retenu un seul instant de complicité entre les membres du High Five.

« Non mais t’exagère, ils sont mignons à deux Aech et Parzival ». Revenons sur la présentation de leur relation. Comment apprenons-nous qu’ils sont meilleurs amis ? Parce que c’est comme ça que Wade présente les choses. De là, on interprète tous leurs dialogues comme un signe d’affection… Sauf qu’en fait, ce n’est pas si évident que ça. Certes ils « partagent les mêmes références » ; mais dans l’univers de l’OASIS, tout le monde semble partager les mêmes références. C’est pareil pour Sho et Daito. Quelle est la preuve qu’ils sont tous amis ? Allez-y, donnez moi un moment, un moment où vous vous êtes dit : « Ils se sont bien trouvés, ces quatre là ». Je serai surprise que vous en trouviez un.

Le fait est qu’il ne serait pas problématique que Wade commence comme un solitaire, qui, dans sa chasse, apprend à se faire des amis, en ligne puis en vrai ; mais ce n’est pas le choix que fait le scénario. A la place, il nous vend une amitié exceptionnelle entre des personnages sans jamais nous la faire ressentir.

C’est encore plus évident dans la romance Pazival-Art3mis. Lorsqu’il se rencontre, elle est l’objet de légende – qu’il nous dit. Elle le fascine instantanément. Il lui sauve la vie, il flirte un peu et le voilà fou amoureux fou. Si, si, je vous l’assure, c’est lui qui le dit, donc ça doit être vrai : Lorsqu’il lui avoue la nature de ses sentiments, elle l’envoie bouler comme la fille intelligente qu’elle est. Sauf que… sauf que c’est présenté comme un mécanisme de défense. Elle a en fait peur de se rapprocher de quelqu’un dans la réalité. En fait, elle l’aime aussi ! Et tout ça sans que les deux ne partagent quoi que ce soit pour expliquer leur attirance, ni une alchimie électrique, ni un événement formateur, ni un historique révélateur. La romance n’est là que parce qu’il en faut une. Comme les autres relations, elle manque de sincérité et de d’un ancrage émotionnel. Je n’y ai pas cru une seule seconde, et du coup, les enjeux de la seconde partie du film m’ont paru insipides, au mieux.

Alors oui, je veux bien croire que lorsqu’on vit sa vie virtuellement, tout interaction semble décuplée ; après tout, elle lui frotte le zizi et c’est un jeune puceau, donc l’appel des hormones est fort. Mais il y a des limites à ma bonne foi. Il aurait suffit de peu – un sourire au coin des lèvres, un regard volé à l’insu de l’autre, un instant de tendresse sincère – mais non, le scénario à préféré, une fois encore, nous dire les choses plutôt que nous les prouver ; et juste comme ça, Ready Player One a échoué me faire ressentir l’importance de l’histoire qu’il racontait.

Conclusion : Avant c’était… bien ?

Alors voilà, ce qui ne devrait être qu’une critique sur un film médiocre s’est transformé dans une ébauche d’analyse du cinéma médiocre (quelque chose que j’ai envie de mieux explorer dans des articles ultérieurs). Ce n’est pas contre Ready Player One en particulier que je suis remontée : en effet, beaucoup de blockbusters (et des romans YA) souffrent des mêmes symptômes. Mais voilà, là où souvent, la critique se divise, le dernier film de Spielberg a un succès presse presque unanime, je me demande si j’ai bien vu le même film que le reste du monde.

La forme c’est bien, mais le fond, c’est mieux. Je ne comprends pas comment un film si vide a passionné autant de gens. J’ai passé plus de deux heures les yeux fixés à l’écran, à attendre que quelque chose se passe en moi. Rien. J’ai apprécié regarder les images, j’ai souri aux clins d’oeil, mais c’est tout.

Comme les œuvres qu’il référence, Ready Player One n’est qu’une anecdote privée de toute émotion qui pourrait lui donner vie. A grands coups de « avant c’était mieux », il s’appuie sur la nostalgie dans chacun de nous pour essayer de captiver notre intérêt, contredisant alors la leçon qu’il semble pourtant vouloir nous faire passer : « Avant c’était bien ; mais vivre le présent, c’est encore mieux« .


L’image à la une, comme toutes celles de l’article, sont la propriété de Warner Bros. et issue du film Ready Player One ou du matériel promotionnel attaché à ce film.

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2 commentaires sur “Avant c’était mieux | Ready Player One (2018)

  1. Noooooon, on ne va pas être d’accord et je l’ai su dès le titre, mais je ne sais même plus par où commencer 😥

    J’ai adoré ton image du squelette, et toute la première partie de l’article (même que ça m’a rassuré et que je me suis dit qu’on allait peut-être bien s’entendre finalement). Comme toi, Hitchcock ne pourrait être mon meilleur ami et j’aime beaucoup la manière dont tu reprends et adaptes sa citation mais (arf, les choses sérieuses commencent) je ne suis pas d’accord ensuite !
    L’obsession des années 80 est pour moi expliquée dans le film : l’OASIS est créé par un geek fan des années 80 (mais fan jusqu’au bout des seins ♫). Comme il a lancé une quête permettant de devenir richissime, tout le monde s’est mis à vouloir le comprendre et à chercher l’oeuf… d’où l’obsession pour les années 80. En fait, c’est une obsession pour le créateur de l’OASIS, pas pour les années 80, et du coup, ça se comprend assez bien : dans un futur misérable où les 1% plus riches possèdent tout, évidemment que tu fais tout ce que tu peux pour être comme eux. Il y aurait aussi à dire sur le divertissement mis au-dessus de tout et pour échapper à sa condition misérable… Dans le fond, on est sur une dystopie prolongeant les pires aspects de notre société actuelle, et pour moi ça tenait debout assez bien sans être trop explicité pour une fois.
    C’est ce qui explique l’absence de règles pour le futur et de cadre précis : tout le monde s’en fiche de la réalité, il n’y a que le virtuel qui compte pour Wade et pour une énorme majorité de la population… c’est d’ailleurs la conclusion du film, le retour au réel, se débrancher pour enfin s’occuper de la réalité. Bref, ce qui pour toi est une faiblesse du film est pour moi un choix assumé qui permet de dévoiler le message et de montrer l’importance du paradis virtuel. Certes, j’aurais aimé en savoir cinq fois plus sur le futur, mais ce n’était pas le coeur de l’histoire, et ça aurait saturé un film déjà long.
    Une fois ce parti pris euuh… pris, je trouve vraiment sympa la manière dont les multiples références construisent une histoire (virtuelle) collective ; comment chaque élément de la pop culture prend vie de manière très différente et reconstruit quelque chose d’hybride, ce film. C’est en puisant dans tout ça que le film acquiert sa propre vie et autonomie, et c’est justement ce que j’ai aimé.

    Bon. J’ai écrit tout ça en cours de lecture, et je vois que tu balayes d’un revers de la main ces arguments avec ton « je doute que ce soit le cas ». Peut-être que j’ai trop projeté ce que je voulais sur le film, mais ça m’a permis d’accrocher beaucoup plus que toi apparemment #unmalpourunbien

    C’est intéressant en tout cas, parce qu’on est parti de la même base, mais on a reçu le film totalement différemment. Cela me donne encore plus envie de le revoir pour le confronter à tes arguments. Oui, l’OASIS ne rend pas heureux, mais il donne l’impression de l’être… Exactement comme les divertissements actuels (les films, les trolls d’internet, etc.) : tu passes un bon moment mais tu en payes les conséquences (solitude, dépression, surplus de bouffe, etc.) ensuite ; et eux aussi. On pourrait faire le même film avec des gens voulant contrôler internet. On serait à peu près tous d’accord pour dire qu’il faut protéger l’internet… mais pourquoi au juste ? (#NetNeutrality)

    En revanche, la facilité scénaristique des amis qui le rendent exceptionnel… ça oui. Je rebondis par contre (oui, je suis totalement en train d’écrire le commentaire au fur et à mesure de la lecture, courage pour me lire) sur ta phrase « tout le monde semble partager les mêmes références » et je pense vraiment que non : d’où la nécessité d’un groupe de geeks pour aider le patron de la multinationale. Ceux qui partagent ces références sont ceux qui font la chasse à l’oeuf, et ce n’est pas tout le monde, mais l’entourage direct de Wade (ça donne l’impression que c’est tout le monde parce qu’il est notre point d’entrée dans le film)…
    Pour les amitiés (et même la relation de couple), je te rejoins. Pour moi, ils ne sont pas forcément amis, mais ils sont juste embarqués dans la même aventure et s’entendent bien dans leur relation forcée par les nombreux moments passés ensemble autour d’une même quête. Il serait intéressant de faire un Ready Player One 2 (mais si !) où il est justement question de leurs divergences… Après oui, on n’est pas sur un playthrough et c’est clairement grand public à être trop explicité, mais c’est un blockbuster, alors ça me paraît inévitable.
    La romance ? Ben n’oublions pas qu’il s’agit de deux adolescents, c’est classique ce genre de relations (surtout dans les séries/films, mais ça se voit aussi dans la réalité). C’est sûr que je ne vois pas ça durer des années, mais sur le moment, ce n’est pas si dérangeant, non ?
    Oh et pour le message du film, je suis d’accord sur le fond de ce que tu dis, mais dans la forme, le film se passe dans un futur qui glorifie le passé, il fait donc passer son message parce que nous sommes pile au milieu de la période évoquée justement… Non ? Peut-être pas… Je me suis peut-être laissé embarquer trop facilement face au sublime des images, mais j’ai du mal à être d’accord à tous tes arguments.

    Finalement, tu critiques plus la forme et la formule des blockbusters que Ready Player One, et c’est dur de ne pas être d’accord. Seulement, RPO est un blockbuster qui parvient à transcender les autres avec la nostalgie et tout un tas de références ne reposant pas que sur un humour fou, un blockbuster qui complexifie les choses avec son réseau de références qui lui donne son autonomie… bref, un blockbuster qui parvient à sortir du lot. J’ai l’impression qu’on te l’a survendu (et ce film EST survendu, y compris sur mon blog, je sais bien) et que tu en attendais trop, non ? Tu pensais que ça allait être le meilleur film depuis des années, et ce n’était qu’un blockbuster. C’est l’effet Avengers (et encore plus Avengers 2) ça.
    En ce qui me concerne, RPO est excellent justement parce qu’il parvient à prendre son pied en restant dans un cadre strict calibré pour le grand public. Il peut être vu et aimé par tous, mais il s’adresse à certains en particulier, et beaucoup de ces particuliers sont dans la presse critique, justement. Voilà, c’est donc mon explication et quelques pistes de réflexion face à tes interrogations, mais en tout cas, merci pour tout cet article !

    J'aime

    1. Siiiiiiiiiiiiiiii. Tout d’abord, merci d’avoir pris le temps de tout lire ! j’admets que ma critique est peut-être un peu à chaud et je reconnais que j’en attendais un peu plus de ce film mais aussi des blockbusters en général.

      En effet, pour commencer par la fin : c’est tout à fait une critique qui s’adresse aux gros des blockbusters ! Surtout pour ce qui est des relations humaines (ou là, je m’attaque à la YA et aux films qui en sont tirés en général), mais là où je ne suis pas d’accord, c’est qu’on peut avoir des super films où les relations entre les héros sont peut-être bateau, mais au moins un tant soit peu crédible, même quand ce sont des ados (ce que je demande juste, c’est que le bisou de fin me réchauffe le coeur, est-ce tant que ça ?) Je peux accrocher même au plus nunuche des blockbuster : du moment que le film me fait ressentir quelque chose, je serai là pour le défendre au moins un peu. Peut être qu’on me l’a survendu, mais au final le résultat et le même : l’histoire m’a ennuyée profond (même si j’ai trouvé le monde très beau).

      Pour ce qui est de l’obsession des années 80, je comprends bien pourquoi cette période là en particulier, mais ce que je trouve dommage, c’est que l’attache émotionnelle des personnages aux oeuvres qu’ils adulent ne soit pas – même pas un peu, un tout petit peu – explorée. Si il y avait qu’une référence, OK, on est assez grand pour deviner nous même : mais là c’est l’une après l’autre après l’autre après l’autre, ce qui fait que pour moi ça rend toutes ces références vide de sens. C’est ça qui m’a deçue; plus qu’autre chose. Je viens de commencer l’audiobook et dès le premier chapitre, Wade explique comment il se retrouve dans un des sitcom qu’il regarde : c’est peut-être bateau mais je trouve que c’est ça qui manque au film, une accroche émotionnelle aux oeuvres qu’il cite (qui ne joue pas que sur la nostalgie du spectateur).

      Peut-être que je n’ai pas assez donné de crédit aux concepteurs du film, c’est tout à fait possible.
      En fait, je pense qu’une partie de moi a eu l’impression d’être utilisée. Que mon attachement pour les oeuvres était mis à profit de commerciaux qui, comme les geek du film, disséquaient la pop culture, pour mieux me la revendre. Je pense que je suis un peu trop protectrice de ma nostalgie 🙂

      Je pense que la raison qui m’a poussé à tant disséquer tous les détails ici est vraiment le fait que le film ne m’a pas du tout émue alors que je pleure devant les publicités pour bouffe pour chat (non, OK, j’exagère un peu mais tu vois l’idée). J’ai les émotions facile et un film qui m’en donne aucune ne sera jamais gagnant à mes yeux. Du coup, j’ai essayé de comprendre pourquoi je n’ai rien ressenti. Du coup j’ai un peu trop sur-analysé tout. Mais mon intention de départ était bonne !

      Encore merci pour ce long (et pas si confus) commentaire, c’est drôle d’avoir vu le même film mais de pas du tout en avoir tiré la même chose. Tiens, moi aussi je le reverrai bien (sans la 3D, c’est peut-être ça la source du problème ?) (Probablement pas.)

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