Retour sur les pilotes #6 | Drames du premium cable américain (mi-saison 2017-2018)

Voilà maintenant un mois que je me lançais dans le visionnage de tous les pilotes de la mi-saison et plus d’une semaine que je publiais le dernier article – il faut le dire, il a été dur de conclure. Mais ça y est, enfin, j’ai fini ; j’ai fini alors que bientôt les séries de l’été vont reprendre, et avec elles des nouveaux pilotes que je vais probablement aussi regarder (mais peut-être pas aussi systématiquement critiquer). [Pour plus d’explication sur la démarche dans laquelle je me suis embarquée, cliquez ici.]

Pilote après pilote, je me suis plainte de la difficulté à arrêter de regarder les séries que je commençais ; au final, cette expérience aura été thérapeutique plus qu’autre chose. Jamais je n’aurais vu tout ce qui passe et tout ce qui est passé à la télévision : ne voir qu’un épisode ne m’engage pas à regarder une saison, quand bien même j’ai bien aimé ce que j’ai visionné. Une leçon évidente pour beaucoup, mais pas pour moi, allez savoir.

Cette dernière série de pilote m’aura pris du temps et pourtant, je n’avais que trois épisodes à regarder (Sweetbitter n’ayant pas encore été diffusé, il sera pour les séries de l’été). J’aurais du m’y attendre vu ce que ça a donné avec les comédies du câble US : j’ai adoré tout ce que j’ai vu es drames du câble premium (HBO et Showtime). Rien à jeter donc, mais j’ai tout de même tenu à séparer les séries entre celles qui m’ont intriguée et celle qui m’a séduite, ne serait-ce que parce que cette dernière s’est vraiment détachée du lot. Allez, trêve de bavardage : parlons The Chi, Mosaic et Here and Now.

Intriguée mais pas encore tout à fait convaincue

Les séries d’HBO ont toute mon attention, mais pas encore tout mon coeur. Par chance (ou malchance, je sais que certains pleurent l’annulation d’Here and Now), elles ont toute les deux qu’une seule saison – et je ne vais pas ne pas terminer une série qui n’a qu’une  seule saison, ce serait au mieux de la paresse, au pire de l’indélicatesse.

Une pièce après l’autre | Mosaic (HBO)

Avant toute exploration du pilote, il est important de mettre quelque chose au clair : je n’ai vu de Mosaic que le premier épisode tel qu’il a été diffusé à la télévision. « On l’aura compris, Enid, tu ne fais que regarder les pilotes, lâche nous la grappe. » Oui, oui, sauf qu’en fait, ce n’est pas si évident que ça : Mosaic a été développée au départ comme une application, dont le mystère au centre de l’histoire était raconté de différents points de vue et permettait à l’utilisateur de mener sa propre enquête. Bref, une super-expérience interactive, le genre de truc qui ne m’intéresse pas mais alors pas du tout. Si c’est le genre du truc qui vous plait, allez voir ; pour ceux qui sont comme moi, on a cependant le droit à une mini-série de six épisodes, réalisée par Steven Soderbegh, produite par Casey Silver et écrite par Ed Solomon ; et c’est déjà pas mal.

Des gens qui se mentent, des gens qui s’utilisent, des gens qui se manipulent… Mosaic promet des relations complexes (mais qu’on espère facile à suivre). HBO via Spiegel

Mosaic est le mystère du meurtre d’Olivia Lake, auteure à succès d’un livre pour enfant, et se construit comme un mystère « raconté de différents points de vue » – bien que ce ne soit pas évident dans le pilote. La série commence par une arrestation ; des flashbacks nous présentent les personnages, quatre ans auparavant.

On rencontre ainsi les principaux suspects et la victime, bien que la temporalité du meurtre par rapport aux événements n’est pas encore évidente. On a d’abord Olivia Lake (Sharon Stone), solitaire et essayant de reproduire le succès de son premier roman, qui s’éprend du jeune artiste Joel Hurley (Garrett Hedlund) et l’invite à vivre chez elle ; là où elle espère une romance, lui ne voit cependant qu’un intérêt professionnel. Le jeune voisin millionnaire d’Olivia, Michael O’Connor (James Ransone), tente d’acheter sa propriété afin de récupérer une mine sur son terrain. Lorsqu’elle se refuse à lui vendre, il faut appel à l’arnaqueur Eric Neill (Frederick Weller) pour s’insinuer dans la vie d’Olivia – ce même Eric qui, quatre ans plus tard, se fait arrêter pour le meurtre d’Olivia. Mais qu’est-ce qui s’est passé, exactement ?

Si vous cherchez une réponse à cette question, ce n’est pas pour maintenant : « Meet Olivia Lake » ne fait que suggérer les intentions de quelques personnages, mais entre les illusions qu’ils projettent et la réalité de ce qu’ils vivent, il n’est pas encore évident de faire la part des choses. C’est néanmoins assez captivant, notamment grâce à une Sharon Stone magnifique (de toute évidence) mais aussi très seule et donc extrêmement touchante. C’est d’autant plus dur de la voir se faire manipuler par Eric, alors qu’elle ne désir qu’être aimée ; pourtant, j’ai trouvé ça encore plus dur de ne pas, comme elle, se laisser convaincre que le jeune homme est peut-être réellement intéressée par elle pour qui elle est. Il a beau expliquer exactement comment fonctionne ses arnaque, à la voir faire, je me met à douter qu’il s’agit là d’une arnaque ; et ça, c’est hyper bien joué.

Pourquoi ça m’a intriguée ? Il ne se passe pas grand chose dans ce premier épisode, mais la magie est que tous les personnages nous apparaissent au moins un peu comme sympathiques (à l’exception, peut-être, de l’un ou l’autre personnage secondaire). Je respecte hautement le concept de « chaque méchant est le héros de sa propre histoire » que Solomon essaye de mettre en place, et rien que pour voir si ça fonctionne, j’ai vraiment envie de continuer.

Tout va mal sauf quand ça va bien | Here and Now (HBO)

La voilà la vraie raison pour laquelle j’ai tardé à finir mon retour sur les pilotes ! Et oui, c‘est sur Here and Now que j’ai tardéHere and Now, dont j’ai entendu beaucoup de bien de certains (enfin, au moins d’une personne) mais qui dont le synopsis réveillait mes craintes liées aux des drames du câble US… L’histoire d’une famille multiculturelle et dysfonctionnelle, dans l’Amérique de Trump, avec à son coeur des problèmes d’identité, de race et de santé mentale. Ca parait être beaucoup de choses à la fois ; avec toujours le risque que beaucoup ne mène à rien. Mais voilà, Here and Now, c’est aussi une série d’Alan Ball, le papa de Six Feet Under et d’American Beauty, dans mes top dix séries et films, respectivement et cet homme, je le suivrai n’importe où, et ce compris dans sept saisons de True Blood. C’est à croire que je n’apprends pas de mes erreurs.

Quand ton papa appelle ta famille multiculturelle une « expérience », ça permet probablement d’expliquer un peu pourquoi tu vas mal (mais un peu). HBO via AV Club

Dans « Eleven Eleven », la famille Bayer-Boatwright se réunit pour fêter les soixante ans du patriarche. Ce dernier (Tim Robbins), est déprimé parce que philosophie et Trump. Sa femme (Holly Hunter), elle, s’évertue à être une optimiste peace and love et une perfectionniste qui n’arrive pas à lâcher le contrôle (ou comme Emily Stephens le dit dans sa critique, « as if the two leads of Grace and Frankie were combined into a single package« ). Les deux ont adopté trois enfants, de trois pays que les Etats-Unis « totally fucked over« . Ashley (Jerrika Hinton), vient du Liberia. Elle travaille dans la mode et aime draguer des jeunes mannequins pour pallier à l’ennui de sa vie de famille. Duc (Raymond Lee), vient du Viet-nâm. Il est « architecte de vie » et cherche désespérément à se faire respecter par son papa (*larme*). Raymond (Daniel Zovatto), vient de Colombie. Fils chéri, il est hanté par de drôle de rêves, des hallucinations auditives et une étrange connexion au nombre « onze onze ». Enfin, le couple a également une petite dernière, fille biologique, Kristen (Sosie Bacon), complexée d’être « the boring white chick » et qui aime catfisher des mec sur fb. Lorsque Raymond se met à halluciner, il inquiète alors ses parents, qui craignent le début d’une schizophrénie… mais si ces visions étaient en fait quelque chose de bien plus mystique que ça ?

L’épisode tente tant bien que mal de nous faire ressentir la complexité des relations qui lient les Bayer-Boatwright (et tous les autres personnages que je n’ai pas cité). De toute évidence, ils s’aiment ; mais tout n’est pas si simple que ça. Les enfants adoptés en veulent à leur parents de les avoir utilisé pour se donner comme conscience (ou un truc comme ça) ; les parents, quand à eux, semblent très attachés l’un à l’autre mais ne sont pas sans leurs secrets – papa fréquente une prostituée japonaise sur le coté. Bref, il y a du potentiel pour du drame à gogo.

Pourquoi ça m’a intriguée ? « Eleven Eleven » est un très bel épisode, visuellement parlant. C’est calme, ça prend son temps, et ce n’est pas déplaisant. Les acteurs sont merveilleux, et il le faut bien parce que les personnages n’échappent pas aux clichés et leur dialogues semblent souvent expliquer des évidences (pile le genre de truc qui m’agace profondément)… si bien que les drames ne sont pas parvenus à piquer mon intérêt. Ce sont bien ces faiblesses qui me font hésiter : Here and Now aurait eu plus d’une saison, j’aurais eu tendance à fuir ; mais là, c’est dix épisodes, pourquoi ne pas se prêter au jeu ?

Ce qui a pleinement retenu mon attention

Pour terminer mon expérience, un gros coup de cœur qui m’a pris par les tripes alors que je ne m’y attendais pas du tout (c’était même mes larmes de la semaine passée). Une seconde saison est commandée, et même si je n’ai vu que le pilote, j’ai assez hâte de me lancer dans la suite.

« He better than all of this » | The Chi (Showtime)

Crée par Lena Waithe, The Chi est l’histoire du destin croisé de plusieurs hommes dans le quartier sud de Chicago, ricochet après ricochet. Tout commence avec Coogie (Jahking Guillory) qui rend visite à son chien préféré dans les quartier craignos, mais tombe sur le cadavre d’un autre jeune homme. Il se fait appréhender par la police, heureusement menée par le très gentil inspecteur Cruz (Armando Riesco). Ronnie (Ntare Guma Mbaho Mwine), figure paternelle du jeune homme décédé, est désespéré de venger sa mort. Le grand frère de Coogie, Brandon (Jason Mitchell), aspire à devenir chef dans le restaurant pour lequel il travaille, et vie une vie rangée au delà du chaos des quartiers. Kevin (Alex Hibbert), jeune gamin, s’enrôle dans une comédie musicale pour séduire son crush mais se retrouve témoin de quelque chose qu’il n’aurait pas du voir. Enfin, Emmett (Jacob Latimore), collectionneur de baskets et « beau-frère » de Kevin, découvre qu’il est père.

Coogie, Ronnie, Brandon, Kevin et Emmett auraient pu mener des vies séparées, mais les voilà pris dans la promesse d’une escalade de violence.

Au départ de tout : Coogie fait une erreur. Les répercutions sont mortelles. Showtime via The New York Times

Pourquoi ça a retenu mon attention ? Le pilote m’a bouleversée. Moi qui ait tant de mal à accrocher à The Wire, je ne pensais pas que sa version « jeune » me convaincrait plus et pourtant, j’ai été prise dès les premiers instants. [Je compte tout de même regarder The Wire, ne me criez pas dessus, c’est bon, ça arrive.] Certes, ce n’est pas parfait (les personnages féminins, par exemple, son presque complètement absentes – ou alors le moteur de tout ce qui va mal dans la vie des hommes), mais c’est tout de même très beau dans sa simplicité. Ne vous méprenez pas : l’intrigue n’a pas l’air d’être simple, je dirais même qu’elle promet d’être alambiquée ; je parle plutôt ici des émotions, qui sont ici belles et sonnent vrai parce qu’elle sont décrite en toute simplicité. Tristesse, colère, désarroi, peur… J’ai tout ressenti avec les personnages. C’est un fait rare, pour moi, de m’attacher si vite à des personnages ; et pourtant, juste en un épisode, je me sens complètement investie dans la vie de Brandon et compagnie. The Chi est définitivement un de mes gros coup de cœur de l’expérience ; j’ai hâte de continuer.


Et voilà ! Ces trois drames complètent les trente-deux pilotes que j’aurais regardé pour cette mi-saison. Trente-deux. Je peine à me dire que c’est vrai. Je tâcherai de refaire une petite mise au point après les upfronts, histoire de voir ce que j’ai continué et abandonné… et tout ce qui a été annulé (comme je le disais dans mon TFSA, j’aime quand les choix son faits pour moi ; oui, je suis incroyablement lâche).

En attendant cependant, je fais une pause sur les nouveautés et je me concentre sur mon programme hebdomadaire, ma foi déjà chargé.

Et vous, qu’avez vous pensé de Mosaic, Here and Now et The Chi ?
Il y a-t-il d’autres nouvelles drames et comédies que j’ai oublié ?

Sincèrement,

Enid

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4 commentaires sur “Retour sur les pilotes #6 | Drames du premium cable américain (mi-saison 2017-2018)

  1. Tiens, je les ai testées toutes les trois 🙂

    Mosaic n’était pas désagréable mais je n’ai pas aimé le personnage principal que j’ai trouvé imbuvable. Oui, j’étais contente qu’elle meure …
    Par contre, Jennifer Ferrin est super belle et l’enquête est très chouette. A part la fin.

    Here and Now j’ai détesté et je suis pourtant allée jusqu’au bout.

    Et puis The Chi, j’ai bien aimé le pilote, j’ai vu 2 autres épisodes, et j’ai laissé tomber. C’est pourtant celle que j’ai le plus aimée mais j’ai laissé les épisodes s’accumuler, je n’avais plus envie de reprendre 😦

    Aimé par 1 personne

    1. Je me prépare donc une déception pour Mosaic ? C’est pas non plus comme si j’étais à fond dedans dans le premier épisode, mais j’avoue que ce suis un peu curieuse de voir comment tout ça va conduire au meurtre.

      Dommage pour The Chi ! J’ai tellement de trucs à voir, que je sais pas encore trop quand je pourrais m’y mettre… J’espère dans pas trop longtemps. Au moins voir si j’accroche un peu après.

      Quand à Here and Now… Ben pas pour de tout de suite alors 😀 Entre ton avis hyper négatif et celui de Shipou très positif, je me tâte… donc je me dis autant ne pas en faire une priorité

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