Promis, juré, craché, tué | American Crime Story S02E02 : « Manhunt »

Ca fait deux semaines qu’on parlait du premier épisode de The Assassination of Gianni Versace. Le second continue de dresser le curieux portrait de Cunanan en nous racontant son arrivée à Miami, alors qu’il est déjà poursuivi par la police pour homicides. On découvre ainsi une petite partie de l’ampleur de son obsession pour le créateur de mode, à coup de murder board et espionnage suspect. Si je devais deviner, je dirais qu’il va finir par le tuer, ce Versace, je me trompe ?

Parlons de « Manhunt », avec une nouvelle série de photos de Darren Criss. Faut bien se faire plaisir, dans la vie.

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Le plus dur, lorsqu’on est coupable d’un quadruple homocide, est que la police ne vous lâche pas. Non mais c’est vrai, c’est pas facile, comme vie, la cavale ! Faut changer ses plaques de voitures, emprunter des faux noms, mentir pour entourlouper toutes les personnes que vous croisez ; c’est à croire qu’on rend exprès les choses dures. Il faut donc rendre à Cunanan ce qui est à Cunanan, il a du culot. Certes, il prend le minimum de précautions, mais il n’hésite pas non plus à continuer à se comporter de manière louche ou à lâcher son nom à l’une ou l’autre occasion, non pas par négligence, mais par provocation. Il parait tellement insouciant que sa légèreté en devient presque obscène, inhumaine ; il a tué, mais il ne va pas laisser tout ça assombrir ses journées.

Une telle absence apparente de culpabilité, qu’elle soit naturelle ou savamment travaillée, rend le personnage fascinant autant que perturbant, et Darren Criss fait un très bon boulot pour rendre les nuances. Un sourire à un enfant sur un parking est à glacer le sang, et sans ses mots pour la rassurer, la fillette semble percer son manque de sincérité. Sous ses belles dents et ses belles paroles, Cunanan est autre chose, bien qu’on ne sache pas encore quoi.

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A Miami, Cunanan se lie d’amitié avec un autre résident de l’hôtel, Ronnie (et qu’on a déjà vu en éclair lors de l’épisode précédent, je m’en souviens bien parce que j’avais rigolé comme pas possible de la tronche de Max Greenfield). et quand je dis « amitié », je ne sais pas en fait de quoi je parle. Ronnie a l’air sincère, et Cunanan se présente à lui par son vrai nom. N’empêche qu’il ne peut s’empêcher de lui mentir, parfois de façon très grossière : il semble à la fois se rapprocher de lui (il a perdu l’amour de sa vie et son meilleur ami au SIDA, la même année) et se mettre en avant (il serait sorti avec Versace, et même que ce dernier était fou de lui au point de le demander en mariage).

Ronnie n’est pas dupe, mais semble accepter Cunanan pour qui il est – après tout, lui aussi est cassé, tout drogué, ayant du mal à s’en sortir. Sa fidélité, il la garde jusqu’au bout. Lorsque Cunanan décide de partir, il ne peut s’empêcher de lui demander : « We were friends… that was real, right ?« . Et Cunanan de répondre : « When someone asks if we were friends… you’ll say no. » C’est là la seule réponse qu’il aura.

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Avant ça cependant, Cunanan continue de vivre dangereusement. Il occupe ses journées en espionnant la villa Versace, à peine déguisé, et en se prostituant. La police concentre ses recherches sur les clubs fréquentés par le groupe des « older closeted homosexuals« , et elle n’est pas si loin de la vérité : c’est effectivement la démographie qu’il cible, sauf qu’il n’a pas besoin de se cacher ; non, il démarche ses clients à la plage, devant tout le monde.

C’est dans la chambre que les choses deviennent sombres. Cunanan aime soumettre ses clients. Il emballe leur tête avec du scotch gris, il les fait paniquer. Il semble hésiter à frapper, à enfin les tuer, mais ne passe pas à l’acte. Il sait qu’il a du pouvoir sur ses victimes, qui ne peuvent se décider à appeler la police : après tout, que lui diraient-ils ? Qu’ils ont payé un prostitué ? Comment le dire à leur femme, leurs enfants ? Non, il faut mieux se taire, c’est une meilleure option. Il y a bien un ou deux instants dans l’épisode où on pense que Cunanan va être fait, mais il s’en sort, et sitôt hors de porté, sitôt il est libre de retourner à ses plans machiavéliques, toute en arrogance.

Le plus proche qu’on aura des motivations derrière les actes de Cunanan dans cet épisode est dans ce qu’il dira à Ronnie sur sa passion pour les vêtements de Versace : « I don’t see something nice. I see the man behind it. A great creator.  A man I could have been. » Pourtant, si il savait Cunanan, la vie de Versace n’est pas parfaite : il vient d’être diagnostiqué séropositif, et peine à se remettre sur pied, physiquement comme émotionnellement.

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Petit à petit pourtant, Versace reprend gout à la vie et la vie reprend goût à lui. Il se remet dans le bain de la mode, tout en bonheur et bonne humeur, aux antipodes de l’approche de Donatella. Antonio, son amoureux, lui propose de retourner à l’exclusivité, et lui promet fidélité. Il l’aime, son Gianni, il l’aime le matin, mais il l’aime aussi le soir. Il veut même l’épouser… mais au est au début du mois de juillet 1997, c’est bientôt déjà trop tard pour Versace.

« Manhunt » s’attarde ainsi un peu plus longtemps sur la vie de Gianni Versace, suggérant une certaine rivalité avec Donatella ; de plus, comme en écho à l’horrible confrontation verbale entre la police et Antonio de l’épisode précédent, on découvre l’amour et les arrangements des deux hommes, tout en moments de tendresse. A coté de la douceur du monde de Versace, les mensonges d’Andrew Cunanan sont acérés, piquants, inutilement méchants. Au travers de l’épisode est peinte une figure encore plus complexe du serial killer. Il travaille ses histoires, il les teste, il prend plaisir à les voir prendre ; à coté d’elles, ses pratiques torturo-sexuelles paraissent presque anecdotiques. C’est à nous faire tourner la tête, et la sienne. La preuve dans les mots qu’il balance à un inconnu, dégoûté d’avoir perdu de vue Versace dans la boîte de nuit bondée :

I said I’m a banker. I’m a stockbroker. I’m a shareholder. I’m a paperback writer. I’m a cop. I’m a naval officer. Sometimes I’m a spy. I build movie sets in Mexico and skyscrapers in Chicago. I sell propane in Minneapolis. I import pineapples from the Philippines. You know, I’m the person least likely to be forgotten. I’m Andrew Cunanan.

Observations en vrac :

  • On reste sur des images très belles, cette fois-ci le produit de la réalisation de Nelson Cragg (qui était aussi DP sur l’épisode précédent). J’ai fait plein de captures, mais ça ne fait pas honneur à la chose. J’aime cependant beaucoup la composition sur ces deux-ci, qui m’ont enchantée ; je dois avoir un truc pour les pyramides ?

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  • On a de nouveau peu de Donatella dans l’épisode, mis à part pour insulter Antonio et pleurer. Mais quand elle pleure… Je suis émue.
  • Pour chasser ces larmes, vous voulez une photo de Darren Criss en train de se doucher ? Quelle question, qui ne voudrait pas ça.

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  • Au final, la seule vérité d’Andrew Cunanan reste la première façon dont il se présente à son inconnu de la boîte… comme un serial killer. Ou alors ce n’est là qu’un autre titre auquel il s’accroche pour se rassurer que son existence sur Terre sera marquante. Et nous voilà, vingt ans plus tard, à penser à lui ; j’imagine qu’il a eu ce qu’il voulait.

Je me demande un peu comment va se construire la saison, si on va continuer de lentement remonter le temps ou faire des bonds, comme dans le premier épisode ; les deux me convienne puisque pour le moment, tout ça continue de me plaire. Je regarde ça au rythme d’une tortue… Mais je regarde, donc on se retrouvera pour l’épisode trois.

Et vous, qu’avez-vous pensé du second épisode d’ACS: The Assassination de Gianni Versace ?
Qu’est-ce qui vous a le plus mis mal à l’aise dans l’épisode ? Je pense que pour moi, c’est la scène de répétition devant le miroir. Brrr.
La question existentielle du jour : devrions-nous faire et consommer du true crime alors que cela valide le désir d’immortalité des serial killer (ou autres criminels) dont l’histoire est racontée ?

A bientôt,

Enid


Les photos sont la propriété de FX et des compagnies de production associées au projet d’American Crime Story. Les mauvaises blagues, elles, sont miennes.


Episode 1 | Episode 2 | [Episode 3]

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