Harry Potter en famille et au coin du feu (comme il se doit)

Il y a quelques semaines, juste un jour après Noël, alors que je retrouvais ma famille paternelle pour un second – voir troisième – réveillon, je n’avais aucune idée que j’allais passer les vacances les plus magiques de ma vie. A vingt-cinq ans, ça fait longtemps que j’ai arrêté de croire au Père Noël, et encore plus que je ne crois pas aux miracles ; et pourtant, comment expliquer autrement ce qui s’est passé le 26 décembre 2018, et les 5 jours suivants, lorsque trois générations, ce sont retrouvées émerveillées devant la saga des aventures du jeune sorcier le plus célèbre de tout les temps ?

Un miracle, pour sûr, ou du moins, pour ma famille.

Ce n’est pas que ma famille est anti-Harry Potter. Ma grand-mère a lu les premiers pour savoir « de quoi on parlait », mes tantes ont poussé jusqu’au quatrième. Ma cousine et moi avons commencé en même temps, lors de la sortie du premier film. Ma petite cousine et ma petite soeur, qui ont plus de dix ans de moins que nous, ont tout lu (et tout vu) d’un coup lorsqu’elles se sont retrouvées en âge. Ce ne sont pas des Potterheads, mais notre famille est clairement plus HP-sensibilisée que la moyenne.

Source : Amino

Entre l’expérience de lecture individuelle et le visionnage de films, cependant, il y a un pont. Nous ne sommes pas une famille habituée de la télévision. Lorsque nous étions jeunes, ma cousine, mes frères et moi parvenions parfois à négocier un film, lorsqu’il ne faisait pas assez beau que pour aller à la plage (et généralement, lorsque nos parents n’étaient pas à la maison ; il est toujours plus facile d’amadouer notre grand-mère), et nous devions faire le choix dans la collection prolifique mais mal classées de cassettes de ma grand-mère. Le plus souvent, nous nous retrouvions devant Certains l’aime chaud ou Un poisson nommé Wanda. Parfois, toute la famille décidait de devant un film après le repas, mais c’était un plaisir le plus souvent réservé aux grandes vacances, et qui s’est faire rare dès lors qu’il est devenu plus difficile de nous réunir. Ma grand-mère, mes tantes et ma petite cousine habitent la même ville de Vendée, mon père, ma belle-mère et ma sœur le sud de la France, mes frère et moi la Belgique, et ma cousine un tout autre continent. On ne se voit qu’une poignée de jour par an : pourquoi les passer devant l’écran ?

Ce logique, si souvent considérée comme impénétrable, a été mise à mal lors de notre petite expérience. Regarder un film – ou huit – ensemble, c’est passer du temps ensemble, tout autant que si nous avions décidé de nous balader (sous la pluie), de faire une partie de Dixit ou, plus vraisemblablement, de passer deux heures de plus à table (#France). Collés les uns aux autres dans le petit espace télé de ma grand-mère, blottis sous des couvertures, nous étions tellement heureux de partager ce moment, que nous nous sommes retrouvés, jour après jour, pour un (ou deux) nouvel épisode. Nous gloussions d’excitation, autorisions quelques questions et commentaires (lorsque ma petite soeur ne nous rappelait parce que « C’est le thème d’Hedwige, écoutez, c’est magnifique ! ». Elle a douze ans, elle est une fan hardcore.), et débrifions après coup ce qui s’était passé. Il y a eu des coups de mou – pour moi, les films 3 et 4 – mais d’une manière générale, l’engouement n’a pas failli, et ce qui a commencé par une simple suggestion (« Tiens, je regarderais bien un Harry Potter, ça vous dit ?) s’est terminé en quasi-marathon (« Non mais on est arrivé jusque là… on ne peut pas s’arrêter, ce serait trop bête »).

Mercredi 26, j’arrive chez ma grand-mère. C’est l’heure du goûter et nous sommes bientôt réunis autour d’une tasse de thé. Ma petite cousine porte un t-shirt avec le blason de Poudlard. Je lui demande innocemment : « Tiens, t’es dans quelle maison, toi ? » et elle me répond qu’elle ne sait pas. On discute un peu, puis je lui propose de lui traduire le test de Pottermore – bien que pas celui sur Pottermore, celui qui permet d’avoir toutes les questions et un pourcentage d’affinité avec toutes les maisons. Elle le passe, se retrouve envoyée chez les Serpentard et plutôt satisfaite de la situation (le seul problème : ça l’embête un peu tous ces gens qui font semblait d’être dark et sont donc super-fiers de leurs couleurs, c’est pas son trip). Sa grande soeur, elle, est plus difficile à départager, mais elle est envoyée à Serdaigle – c’est aussi ma maison. On discute à trois, puis les « vrais adultes » se mêlent à la conversation. C’est à ce moment là qu’une de mes tantes suggère de lancer un film. J’ai Netflix, la télé à un câble HDMI, et donc on n’a même pas besoin de faire un aller-retour chez mon autre tante pour aller chercher le coffret. « Lequel vous voulez voir ? », je demande naïvement. « Ah non, on ne va pas commencer au milieu », s’agace ma petite cousine, « si on en regarde un, c’est le premier ! » Personne ne s’oppose à ce raisonnement, alors qu’une petite voix – pas la mienne, je vous assure – suggère qu' »on pourra toujours regarder les autres plus tard. » Pendant que je fais les installations, ma grand-mère fait réchauffer sa soupe (il est désormais l’heure de manger), mon oncle allume le feu et nous voilà devant Harry Potter à l’école des sorciers.

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Nous, jour 1. Source : Her

Pour ma cousine et moi, c’est celui qu’on a vu et revu. Nous ne sommes pas habituées à la VO parce qu’en 2002, nous avions toutes les deux encore un magnétoscope (ça me parait fou parce que mon petit frère allait recevoir le second film en DVD juste un an plus tard, preuve que cet époque avait déjà pris fin.) Personnellement, je l’ai vu en boucle pendant une semaine lors de laquelle une copine m’avait prêté sa copie. Deux fois par jour au moins, tous les jours. « Vernon, espèce de vieux pruneau. » « – Explosé, mais vous m’aviez dit, vous m’aviez dit que mes parents étaient morts dans un accident de voiture ! – Un accident de voiture ? » « Maintenant, si vous voulez bien, je vais me coucher, avant que l’un de vous ait encore une excellente idée pour nous faire tuer, ou pire, nous faire ex-pulser » « C’est dans ton sang, Harry. » Nous avons fait de notre mieux, mais forcément, quelques répliques nous ont échappées, et personne ne s’est plaint.

C’est presque machinalement qu’on s’est tous réunis le lendemain pour regarder le second volet. Ma tante (fraîchement envoyée chez les Gryffondors, à sa grande fierté, Gryffondor qu’elle est) est mes cousines se sont pointées, mon autre tante et mon oncle également. Ma grand-mère s’est installée dans son fauteuil sans se faire prier. Nous avions décidé d’attendre l’arrivée prévue de mon père, ma belle-mère et ma sœur pour manger, alors Harry Potter et la Chambre des secrets a été regardé pendant l’apéro, et s’est fini juste à temps pour que nous filions à la gare. C’était parfait.

L’arrivée de ces nouveaux venus à légèrement compliqué l’affaire. Ma petite soeur était en bien évidemment partante, bien que dégoûtée qu’on ne l’ait pas attendue (« Désolée, petit chat, mais c’est arrivé comme ça, ce n’était pas prévu » me suis-je retrouvée à justifier, comme si j’avais trahi sa confiance potteresque). Ma belle-mère et mon père cependant, n’étaient pas plus emballés que ça par l’idée, aux première loges qu’ils sont de l’obsession indomptable de leur fille et de toutes ses copines. C’est là le petit point noir de l’histoire : ils ne seront jamais rentrée dans notre petit univers, et c’est bien dommage.

Vendredi, nous avons donc lancé Harry Potter et le Prisonnier d’Azkaban, soit le film préféré de tout le monde sauf moi – après avoir revu la saga, je vous confirme que c’est celui que j’aime le moins, bien qu’il ait influencé l’univers des suivants pour le meilleur (et cette scène des bonbons animaux est peut-être une des meilleures de la saga). Avec ma petite soeur, il y avait désormais deux voix off pour répondre aux questions et éclairer sur les points de l’intrigue mieux développés dans les livres, et parce que ma famille est super, personne ne s’est plaint, au contraire. Samedi, tout le monde était de retour pour Harry Potter et la Coupe de feu, et je découvrais que ma petite sœur était  désormais Serpentard, une répartition avec laquelle elle se disait complètement OK… mais nous avons refait le test Pottermore pour la forme, qui l’a de nouveau envoyée à Serdaigle, et j’ai clairement vu qu’elle était soulagée. Je pense que Serpentard lui correspond mieux vu son ambition, mais hé, c’est pas mon choix.

Nous, jour 5. Source : Bustle

A ce rythme, il semblait peu probable que nous finissions à temps. Lundi 31 approchait à grand pas et avec lui, la date fatidique à laquelle tout le monde allait s’éparpiller. C’est alors qu’avec dimanche est arrivé un miracle : mon père et ma belle-mère étaient invités chez des amis et nous allions pouvoir passer l’après-midi devant la télévision sans une once de culpabilité. [Enfin je dis ça, j’étais la seule à me sentir mal, mais j’ai tendance quasi-obsessionnelle à vouloir rendre tout le monde heureux. J’y travaille.] C’était de nouveau un rendez-vous goûter et ma grand-mère avait préparé son célèbre riz-au-lait. Nous n’avions pas prévu de regarder deux films à la suite, mais à la fin de Harry Potter et l’Ordre du phénix, l’assemblée était silencieuse. « Non mais… » a commencé une de mes tantes « … on ne peut pas s’arrêter là-dessus ! » Tout le monde en avait envie, mais personne n’osait le dire. « Vous pensez qu’ils rentrent bientôt ? Ils avaient dit qu’ils seraient là pour le dîner… » Silence. « On peut toujours leur envoyer un sms pour les prévenir qu’on commence le film ? », suggère quelqu’un. Notez le « le ». Yep, trois générations en plein mensonge par omission parce qu’on était tellement à fond dans l’univers de J.K. Rowling qu’on n’avait pas envie d’un rappel à la réalité. On a procédé à l’envoi du sms et on a lancé Harry Potter et le Prince de sang-mêlé.

Alors que c’était un des films dont je gardais le pire souvenir, le sixième volet a été un véritable régal, principalement parce que nous l’avons rebaptisé « Harry Potter et la puberté », comme une notice de précaution à l’intention de mes tantes et de ma grand-mère. Depuis le film précédent, nous étions en effet en « terrain inconnu » : elles n’avaient pas lu les bouquins, et si elles avaient peut-être vu le film (en entier ou un bout), c’était sans le bagage d’informations qu’elles avaient désormais – à bien y penser, c’est probablement pour cette raison qu’elles étaient tant impatientes à poursuivre l’aventure. Nous avons gloussé comme pas possible, fait des remarques à double sens (ma petite sœur déteste les vulgarités) et avons soupiré fort lorsque c’en était trop. [Personnellement, je me suis également caché les yeux lors de toutes les scènes Harry-Ginny mais c’est jusque que je ne peux pas, j’essaye mais je ne peux pas, c’est beaucoup trop gênant.] J’en avais eu un peu marre les jours précédents, mais l’ambiance était désormais électrique et pour la première fois de ma vie, j’ai apprécié deux films qui ne m’avaient auparavant que déçue (parce que j’ai essayé, et plusieurs fois). Dimanche soir,  alors que nous nous préparions à passer (très tardivement) à table, il était évident qu’il fallait qu’on trouve un moyen pour regarder les deux derniers films avant notre séparation.

J’avais mon train à 16h30 le lendemain, et c’était également l’heure à laquelle tout le monde avait prévu de bouger vers leurs fêtes respectives. Cela nous laissait largement le temps de voir les deux films mais nous étions tout de même un peu réticent à l’idée de ne faire que ça lors de notre dernière journée ensemble. On n’allait tout de même pas précipiter trop dernier repas ensemble. « On pourrait se retrouver ici à 8h et faire un petit déjeuner Harry Potter ? », j’ai suggéré timidement, « On aurait fini à temps pour le déjeuner. De toute façon, c’est pas comme si on faisait grand chose de nos matinées. » Les plus jeunes ont crié d’excitation, les plus grands ont pris un moment pour réfléchir aux détails (« – On risque d’être crevés pour la soirée…. – Je suis pas sûre que j’arriverai à me lever…) mais finalement, le rendez-vous a été fixé. Lundi matin, départ du Poudlard Express à 8h.

C’est comme ça que le dernier jour de l’année 2018, nous nous sommes réveillés bien trop tôt pour regarder Harry Potter et les Reliques de la mort, partie 1 et partie 2. J’ai commencé à faire cuire les pancakes. Ma grand-mère a lancé le café. Ma petite cousine et petite soeur ont dressé la table basse. Ma cousine est arrivée en courant – elle en a profité pour faire son sport aux aurores. Mes tantes sont arrivées et ont commencé un feu. Nous nous sommes blotties sous les couvertures, et alors qu’il faisait encore noir dehors, nous avons lancé le septième film – puis le huitième, alors que le jour s’était levé. C’était intense, et oui, un peu longuet sur la fin, mais aussi le plus proche de la définition d’un moment magique que je n’ai jamais été.

Cette histoire aurait pu se résumer à un simple « J’ai regardé les 8 films Harry Potter en six jours avec ma famille », mais ce n’aurait pas été faire justice à ce qui s’est passé durant ces vacances. Nous avons regardé huit films, et ma grand-mère est restée sur son fauteuil presque tout le temps – elle qui est pourtant toujours à vaquer à des tâches. Mes tantes, qui d’habitude vaquent occasionnellement à leurs occupations habituelles, sont venues tous les jours nous rejoindre chez ma grand-mère, si bien que presque tous nos repas se sont passés au grand complet. Ma petite sœur, qui prend la saga un poil trop au sérieux, a lâché incrédule : « Je n’avais jamais ri devant Harry Potter. C’était trop bien ». Je ne pensais jamais pouvoir partager Harry Potter avec ma famille, jamais entendre mes tantes débattre de si oui ou non Rogue est un bon gars, si le choix de désintégrer Voldemort plutôt que de le faire mourir comme un homme est judicieux, ou si Poudlard est vraiment l’endroit le plus sûr du monde comme tout le monde semble le croire. Rien que d’y penser maintenant, ça me parait incroyable. On a fait ça. Nous. Vraiment. C’était convivial, chaleureux, joyeux, inoubliable, et certainement les meilleures vacances que j’ai passé ces dernières années.

Comme ma cousine l’a si bien dit : « Franchement, si je ne faisais pas partie de cette famille, je serais trop jalouse là maintenant ».

Source : Giphy

Enid

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11 commentaires sur “Harry Potter en famille et au coin du feu (comme il se doit)

      1. Mais qu’attends-tu 😀 ?

        En vrai, je suis loin d’être une fanatique des films, et je m’étais un peu ennuyée lors d’un marathon il y a quelques années. Mais dans la bonne atmosphère, c’était parfait.

        Aimé par 1 personne

  1. Non mais quel article!! Génial!!! Déjà j’ai adoré l’intro « notre famille est clairement plus HP-sensibilisée que la moyenne ».
    C’était vraiment super top et je suis vraiment bien d’accord avec ta cousine! ❤

    Aimé par 1 personne

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