Un épisode que je connais par coeur : parlons de Fringe et de “Marionette”

Ce mois-ci, pour le Bingo Séries, Shipou nous demande de parler d’un épisode que nous connaissons par coeur, et puisque que je ne vais pas à chaque occasion vous sortir un épisode de The Office (et puisque “Once More With Feeling” me semble être de la triche parce que j’ai surtout écouté l’épisode plus que je ne l’ai vu), je vais me retourner vers une de mes série doudou qui se double de séries de fond lorsque j’étudie : Fringe.

Fringe est peut-être une des séries que j’ai le plus vu, mais seuls une poignée des épisodes ont toute mon attention à chaque re-visionnage : l’un d’eux est “Marionette”. Si je ne le connais pas par cœur à proprement parler, il m’est extrêmement familier, et ses moments émotionnels résonnent en moi à chaque fois que je le fois. Cet épisode, je ne le réfléchis pas, je le ressens.

Pour comprendre le chemin émotionnel à travers lequel cet épisode me transporte, il faut le resituer – la suite, de toute évidence, contient des spoilers.

Récupérée de ScreenRant

Nous sommes dans la saison 3, et cela faisait huit épisodes qu’Olivia, coincée dans l’autre monde, s’accrochait à une hallucination de Peter pour se souvenir de qui elle est, alors que ce dernier roucoulait avec Fauxlivia – qu’il pensait être son, notre, Olivia. Chacune des Olivia est désormais de nouveau dans son monde, mais le soulagement ressenti à la fin de “Entrada” fait désormais place à la question glaçante de l’après : “Et maintenant, on fait quoi ?”

Maintenant qu’Olivia est de retour, comment est-elle censée aller de l’avant ? Que faire alors les gens auxquels elle faisait le plus confiance ne se sont pas rendu compte de son absence ? Que faire du temps qu’elle a perdu mais dont quelqu’un d’autre a profité ? Comment peut-être se remettre à vivre sa vie alors que quelqu’un d’autre a mis ses vêtements, plaisanté avec ses collègues, partagé le lit de l’homme qu’elle aime ?

You know when you go on vacation and come back and things are a revelation? Like coffee or my favorite shoes. And then, other things are just… I don’t know.

My mail was opened.

It’s kind of disconcerting, knowing that somebody else has been living your life. [1]

Au départ, Olivia choisit de suivre la raison et de faire preuve de compréhension, mais alors qu’un homme qui s’improvise Victor Frankenstein récupère des organes un peu partout la ville et qu’elle glisse dans une routine apparemment familière, elle est vite rattrapée par ses émotions : tout n’est pas exactement tel qu’elle l’avait laissé. S’ensuit une bataille interne, merveilleusement portée par Anna Torv, et soulignée par une enquête de la semaine certes glauque, mais au moins autant poétique. Et pour moi, spectatrice, le moment de ressentir l’appréhension du “et maintenant, on fait quoi” doucement se transformer en déchirement.

Rien que d’y penser, j’ai mon cœur qui se serre.

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Récupérée sur BreakingNews

Le premier coup dur pour Olivia est lorsque Peter lui confesse la vérité – que lorsqu’il est revenu, pour elle, dans ce mode, lui et Fauxlivia on commencé à sortir ensemble. Qu’il a bien vu qu’elle était un peu différente, mais qu’il a mis ça sur le compte du fait que leur relation n’était plus la même. Et, second coup dur, que tous leurs collègues – tous leurs amis – sont au courant. Le visage d’Olivia se décompose, doucement, mais elle se rattache encore à la logique, parce que c’est qui elle est. Oliva est réservée. Elle s’est construite en se protégeant des émotions. Elle avait baissé ses gardes pour Peter, mais les voilà qui se remontent.

You know, she had a really full life, a really sweet boyfriend. And if he hadn’t been out of town, who knows what could have happened? She had friends, people who loved her, people who risked their lives to help her. They all believed that I was her. [2]

L’empressement qu’a Olivia à retourner à sa vie d’avant la pousse à cette comparaison hasardeuse qui ne semble même pas convaincre Peter. Les deux cas sont différents : Fauxlivia prétendait être Olivia, elle trompait tout le monde sciemment ; Olivia, elle, était victime d’une reprogrammation contre laquelle elle a du activement se battre pour retrouver qui elle était. La preuve est sur son corps : elle porte encore une frange et sur sa nuque, le tatouage de l’autre Olivia. Pour s’en débarrasser, elle tente de nettoyer ce qu’elle peut, ses vêtements, ses draps – et c’est là qu’elle tombe sur la chemise de Peter et qu’elle s’effondre dans son coin alors que dans le mien, je me recroqueville aussi pour penser au sens de la vie.

Récupéré de doloresabernati

Ce n’en est pas fini pour notre Olivia, qui continue d’essayer de rationaliser pour donner du sens à ce qui s’est passé. Elle cherche à en savoir plus sur la relation qu’entretenait Peter avec Fauxlivia, sur comment ils étaient l’un avec l’autre (pauvre Astrid, qui ne sait que dire à part ce qu’Olivia sait déjà) ; et elle semble déjà moins prête à tourner la page. L’enquête les a menés à la conclusion que quelqu’un essaye de « reconstituer » Amanda, une jeune fille qui s’est récemment suicidée et dont les organes ont été transplantés ; et alors qu’ils criblent son entourage à la recherche d’un suspect, Olivia écarte impatiemment les propositions de Peter. Elle sait ce qu’elle cherche : toute cette histoire est une histoire d’amour. Forcément, ce sont toujours les plus tragiques.

En effet, leur homme est sur le point de parvenir à mener à bien son expérience. Amanda est complète : plus qu’une étincelle de vie, et elle pourra de nouveau danser. Il la réanime avec succès mais, alors que le FBI débarque chez lui, il s’enfuie, horrifié de sa création (qui, par ailleurs, ne vivra que quelques instants). Il confie à Olivia la vérité : ce qu’il a ramené à la vie n’est pas la jeune fille qu’il aimait tant, il l’a vu dans ses yeux. Sa certitude instantanée ne font qu’attiser les doutes d’Olivia, qui décide enfin de laisser parler du cœur et non de la tête.

Récupérée de Youtube (hé, si vous cliquez sur le lien, vous pouvez revoir la scène !)

I understand the facts. I know that she had reams of information about me, and about my life, and about the people close to me. I understand that if she slipped up, that she would have a completely reasonable explanation for it. And I guess to expect you to have seen past that is perhaps asking a little bit too much. But when I was over there, I thought about you. And you were just a figment of my imagination… but I held on to you. And it wasn’t reasonable, and it wasn’t logical but I did it.

So… why didn’t you?

She wasn’t me. How could you not see that?

Now she’s everywhere. She’s been in my house, in my job, my bed. I don’t wanna wear my clothes, I don’t wanna live in my apartment… and I don’t wanna be with you. She’s taken everything. [3]

Je trouve ce monologue à la fois incroyablement sincère et immensément triste. Sincère parce qu’Olivia ne se cache plus derrière une prétention de rationalisation et qu’elle accepte, enfin, de laisser éclater sa colère et sa douleur. Mais triste parce que au-delà du reproche qu’elle adresse à Peter s’insinue une crainte qu’elle n’ose pas évoquer, à savoir celle qu’il ne l’aime pas assez, ou du moins pas autant qu’elle ne l’aime. Triste parce que la foi aveugle qui lui a été salvatrice pour s’échapper de l’autre monde n’aura pas survécu son retour à la réalité. Triste parce que face à l’injustice qu’elle a vécu, Olivia redevient une forteresse ; il est impossible de lui en vouloir.

Je ne sais pas pourquoi cet épisode m’émeut autant. Peut-être est-ce dû à la performance d’Anna Torv, toujours au diapason. Peut-être est-ce parce que l’enquête de la semaine est si merveilleusement liée au développement des personnages.  Peut-être que c’est facile de l’aimer autant lorsque je sais que les horizons plus joyeuses de “6B” ne sont pas loin devant. Peut-être que j’aime me complaire dans la mélancolie des histoires de ruptures. Peut-être que je suis un cœur en sucre incapable de résister à quelque larme que ce soit. Peut-être que je reconnais dans Olivia des schémas qui me sont familiers. Peut-être que je réfléchis trop

Que d’excellentes suppositions sur lesquelles je ne préfèrent pas me prononcer : cet épisode, je l’aime du début à la fin, et c’est tout ce qui compte ici.


[1] “Quand on revient de vacances, on a parfois des révélations. Comme le café ou mes chaussures préférées. Et en mêmes temps, d’autres choses sont juste… Je ne sais pas. Mon courrier était ouvert. C’est déconcertant de savoir que quelqu’un d’autre vivait ma vie.”
[2] “Tu sais, elle avait une vie très remplie, un petit ami adorable. S’il n’avait pas été en déplacement, qui sait ce qui ce serait passé ? Elle avait des amis, des gens qui l’aimaient. Des gens qui auraient risqué leur vie pour l’aider. Ils pensaient tous que j’étais elle.”
[3] “Je comprends les faits. Elle avait des tas d’informations sur moi, sur ma vie et sur mes proches. Et si elle faisait une gaffe, elle devait avoir une explication très raisonnable. Et attendre de toi que tu perçoives tout ça, c’est peut être trop te demander. Mais de l’autre côté, je pensais à toi. Tu n’étais que le produit de mon imagination, mais je me suis accrochée. Ce n’était ni raisonnable, ni logique, mais je l’ai fait. Alors… pourquoi ne l’as-tu pas fait ? Ce n’était pas moi. Comment ne l’as-tu pas remarqué ? Maintenant, elle est partout. A la maison, au boulot, dans mon lit. Je ne veux plus mettre mes fringues, ni vivre chez moi, et je ne veux pas être avec toi. Elle m’a tout pris.”

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